La croyance en l'astrologie est extrêmement répandue : peut-être un tiers des Français ont consulté un astrologue une fois dans leur vie, une fraction notable d'entre eux lisent régulièrement la chronique astrologique dans le journal, et beaucoup d'autres consultent un astrologue toutes les fois qu'ils ont une décision importante à prendre. A l'époque où la croyance en Dieu a reculé, le besoin du secours d'une puissance tutélaire(1) existe toujours, le surdéterminisme(2) astrologique rassure, tranquillise, et l'astrologie joue efficacement le rôle de "psychanalyse du pauvre".
D'un point de vue sociologique, il est certain qu'il faut parler de l'astrologie. On ne peut ignorer un élément de culture qui va de l'amusement à la croyance complète, qui joue un rôle dans les relations sociales et qui prend actuellement un tour socialement dangereux : dans l'embauche, la discrimination et la sélection faisant intervenir l'horoscope s'apparentent de façon inquiétante et subtile au racisme et devraient, à brève échéance, comme la discrimination raciale au sens strict du terme, être interdites par la loi.
Mais qu'en peuvent dire les astronomes ? Les planètes appartiennent au monde physique, de même que les molécules dont sont constitués les êtres vivants en général et l'espèce humaine en particulier. On peut aisément montrer que les effets physiques auxquels nous sommes soumis journellement, gravité, champ électrique et magnétique, rayons cosmiques sont beaucoup plus importants que tous les effets des planètes. Alors ? Des effets d'une autre nature n'appartenant pas au monde physique ? Il est difficile pour un physicien d'admettre que quelque chose n'appartenant pas au monde physique puisse interagir(3) avec lui.
Reste l'aspect ludique(4) de l'astrologie. Le Comité américain pour l'étude des phénomènes paranormaux a obtenu d'un certain nombre de journaux qu'ils accompagnent leur rubrique astrologique de l'avertissement suivant : "Nous publions cette rubrique à des fins de divertissement, mais elle n'a pas de valeur scientifique". On pourrait imaginer toutes sortes de variantes de cette remarque, de telle manière que soient respectées les croyances des lecteurs, des auditeurs et des téléspectateurs, de la même façon que sont respectées les croyances religieuses.
La moindre trace de légitimité scientifique de l'astrologie a des conséquences politiques non négligeables : elle met en cause l'attitude du pouvoir vis-à-vis de la Science (comment ne pas être éc½uré d'avoir entendu de nombreux candidats indiquer, lors de la dernière campagne électorale, leur signe de naissance ?), elle engendre déjà des comportements de nature raciste.
Dans une telle situation, il me semble que l'honneur de la presse et des médias serait de prendre ses distances par rapport à la doctrine astrologique. L'honneur de la profession, n'est-ce pas le code de la déontologie(5) ?
Le Monde, 29 novembre 1986
1. tutélaire : qui tient sous sa protection
2. surdétermination : théorie qui veut que les événements de la vie courante soient provoqués par des événements antérieurs indépendants de la volonté du sujet
3. interagir : agir l'un sur l'autre
4. ludique : qui appartient au domaine du jeu, de l'amusement (et donc peu sérieux)
5. déontologie : ensemble de règles morales, en général non écrites, servant à préciser ce qu'il convient de faire pour pratiquer correctement une profession (de médecin, de journaliste, d'avocat, de professeur...)
Étude du lexique
Présence d'un vocabulaire à connotation émotionnelle et morale .
Champs lexicaux, idées
§ 1 : L'astrologie est un phénomène social considérable. Ce n'est pas une science, mais une croyance qu'il faut respecter. Cependant, elle peut être utilisée de façon dangereuse.
§ 2 : L'astrologie n'a aucun fondement scientifique.
§ 3 : Il est possible (et cela s'est fait aux USA) de prévenir le consommateur de ce fait.
§ 4 : Un bon journaliste doit faire son devoir et donc doit informer le lecteur/ spectateur de façon objective.
Point de vue moral très fort.
Définition du texte argumentatif
C'est un texte servant à présenter une thèse, une opinion, de façon à convaincre le lecteur.
Distinction entre thème et thèse :
Le thème du texte est : l'astrologie dans les médias.
La thèse est : le journaliste doit savoir prendre ses distances vis-à-vis de la doctrine astrologique, et ne pas la présenter comme de l'information.
Définition de l'argument et de l'exemple
L'argument sert à justifier la thèse. C'est une idée utilisée pour convaincre, persuader, prouver que l'on a raison. Il s'oppose à un (ou à des) argument(s) adverse(s). L'argument est général, abstrait.
L'exemple sert à illustrer l'argument. C'est un cas particulier, concret, vérifiable. Il rend vivant l'argument, le fait mieux comprendre.
Examen dans le texte et rédaction de la liste des arguments de l'auteur -
L'argument d'autorité : il s'appuie sur des références morales, des garanties extérieures (dans le texte : les scientifiques) qui servent de caution à l'auteur, qui représentent des sources indiscutables.
Les différentes stratégies argumentatives
- adhérer à la thèse de l'auteur : aller dans le même sens que lui. Pour cela, il faudra ajouter des arguments aux arguments de l'auteur.
- réfuter la thèse de l'auteur : aller dans le sens inverse. Pour cela, il faudra trouver les arguments adverses des arguments de l'auteur afin de montrer que sa thèse est fausse.
- confronter deux thèses : chercher les points de convergence et de divergence entre deux thèses traitant du même thème, et se forger son opinion en en faisant la synthèse.
- procéder à l'examen critique d'une thèse : chercher les points forts et les points faibles d'une thèse.
- concéder : utiliser la concession, c'est-à-dire accepter en partie ce que dit l'adversaire pour mieux démonter, combattre une thèse ou anticiper une objection de l'adversaire (Dans le texte : "Reste l'aspect ludique").
La concession est très souvent utilisée de façon ironique.